L'antisémitisme pour les jeunes et pour les enseignants
L’antisémitisme pour les jeunes
1. Un mot récent, un rejet très ancien
L’antisémitisme est le nom moderne du racisme dirigé contre les Juifs.
Mais bien avant, les Juifs ont été rejetés à cause de leur religion : on appelle cela l'antijudaïsme.
2. Au Moyen-Âge, des accusations essentiellement religieuses
Judaïsme et christianisme sont des religions très proches, car le christianisme trouve ses racines dans le judaïsme. Les Juifs croient en un Dieu unique et attendent la venue d’un Messie (Sauveur). Les chrétiens croient dans le même Dieu unique, mais pour eux, Jésus est à la fois un homme juif, le fils de Dieu et le Messie. L’Église a longtemps reproché aux Juifs de ne pas reconnaître Jésus comme Messie et les a accusés à tort d'être responsables de sa mort.
De fausses accusations sont apparues à la même époque et ont perduré jusqu’à notre époque :
- On a accusé les Juifs de commettre des crimes rituels en tuant des enfants chrétiens pour utiliser leur sang afin de faire le pain azyme de la fête de Pessah (Pâque juive), alors que la consommation de sang est strictement interdite par la religion juive.
- On les a aussi accusés de profaner les hosties, pain consacré pendant la messe, devenant présence de Jésus ressuscité pour les chrétiens.
- Pendant les Croisades (1095–1291), des pèlerins sur le chemin de Jérusalem ont massacré des Juifs, les accusant d'avoir tué Jésus.
Les Juifs ont aussi été accusés à tort :
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D’avoir empoisonné les puits pendant la Peste Noire (14e siècle) et des Juifs ont été massacrés, alors qu'on ne connaissait pas l’origine de cette maladie qui a fait des millions de morts en Europe.
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D'être tous riches et avares, alors que de nombreux métiers leur étaient interdits et qu'on leur réservait le commerce de l'argent.
En terre d’Islam, autre religion monothéiste proche du judaïsme, les Juifs comme les chrétiens avaient un statut inférieur aux musulmans, mais leur vie y était globalement moins difficile qu'en Europe chrétienne, même s'ils devaient parfois habiter dans des quartiers séparés et ont pu être victimes de violences.
3. Aux 19e et 20e siècle, un racisme appelé antisémitisme
- Avec l’invention pseudo-scientifique d’un classement des « races », des antisémites pensent que les Juifs sont une « race » à part. Comme les Juifs ressemblent aux autres habitants des pays où ils vivent, certains les soupçonnent de traitrise : c'est ce qui est arrivé à l'officier français Alfred Dreyfus, accusé injustement d’avoir trahi la France.
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Les nazis iront plus loin en comparant les Juifs à des nuisibles, ennemis du genre humain, qu’il faut exterminer.
- On les accuse soit d'être trop riches et de promouvoir le capitalisme soit de vouloir provoquer des révolutions socialistes ou communistes : deux idées contraires ! C'est la particularité de l'antisémitisme : il s'adapte pour accuser les Juifs de tout et son contraire.
- De fausses théories circulent :
- Il existerait un soi-disant plan secret des Juifs pour dominer le monde écrit dans un faux appelé Les Protocoles des Sages de Sion.
- Les négationnistes affirment que la Shoah (le génocide des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale) n’aurait jamais eu lieu malgré les nombreuses preuves historiques de sa réalité.
4. Aujourd'hui : bien distinguer les choses
- Le sionisme est le projet des Juifs pour reconstruire un pays sur la terre de leurs ancêtres. En 1947, l'ONU vote le partage de la Palestine en deux États, un juif et un arabe ; en 1948, l'État d'Israël déclare son indépendance.
- Critiquer les décisions du gouvernement de l’État d'Israël comme on peut critiquer n'importe quel gouvernement, n'est pas de l'antisémitisme.
- Mais au nom de l’antisionisme refuser l’existence de l’État d’Israël ou accuser ce pays d’empêcher la bonne marche du monde est une forme nouvelle d'antisémitisme.
à retenir
Les Juifs ont été l’objet de préjugés très anciens et de formes différentes :
- préjugés religieux avec l’antijudaïsme ;
- préjugés raciaux, économiques ou sociaux avec l’antisémitisme.
Les Juifs servirent souvent de boucs émissaires, accusés à tort d’être à l’origine de nombreux problèmes (les crises économiques, la corruption, la guerre, etc.).
Ils furent victimes du plus important génocide du 20e siècle, la Shoah.
Il faut combattre l’antisémitisme, comme l’on doit lutter contre toutes les formes de racisme ou de discrimination, qui sont contraires aux valeurs laïques et républicaines.
L'antisémitisme pour les enseignants
1. Un mot récent, un rejet très ancien
On ne peut malheureusement pas parler de l’histoire des Juifs1 sans parler d’une forme de racisme dirigée contre eux : l’antisémitisme. Le mot antisémitisme apparaît en Allemagne à la fin des années 1870. En qualifiant les Juifs de Sémites, ce terme vise à les différencier des autres Européens qui seraient des Indo-Européens. En réalité, cette distinction est basée sur la classification des langues : indo-européennes pour la majorité des langues européennes et sémitiques pour l’hébreu ou l’arabe par exemple.
2. Au Moyen-Âge, des accusations essentiellement religieuses
Historiquement, on parle d’abord d’antijudaïsme, c’est-à-dire des préjugés contre la religion des Juifs.
Ces préjugés peuvent être chrétiens :
- Judaïsme et christianisme sont des religions très proches, car le christianisme trouve ses racines dans le judaïsme. Les Juifs croient en un Dieu unique et attendent la venue d’un Messie (Sauveur). Les chrétiens croient dans le même Dieu unique, mais pour eux, Jésus, « Parole vivante » de ce Dieu unique, est à la fois un homme juif, le fils de Dieu et le Messie. L’Église a longtemps reproché aux Juifs de ne pas reconnaître Jésus comme Messie et les a accusés à tort d'être responsables de sa mort (d'être déicides).
De fausses accusations sont apparues à la même époque et ont perduré jusqu’à notre époque.
Ainsi, les Juifs ont-ils été accusés :
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de procéder à des crimes rituels en tuant des enfants chrétiens afin de récupérer leur sang pour faire le pain azyme de la fête de Pessah, alors que la religion juive interdit strictement la consommation de sang ;
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de profaner les hosties, pain consacré pendant la messe, devenant présence de Jésus ressuscité pour les chrétiens ;
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d’aimer l’argent et d’être des usuriers, alors qu’ils sont empêchés de pratiquer de nombreux métiers et sont souvent réduits à des activités de commerce d’argent ;
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d'avoir tué Jésus, ce qui entraîna des massacres pendant les Croisades (entre 1095 et 1291) ;
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d’empoisonner les puits, car on ne connaissait pas l’origine de la Peste Noire (XIVe siècle), et de nombreux Juifs ont alors été massacrés ou brûlés comme les sorcières et les hérétiques.
Ces préjugés peuvent être musulmans :
- L’Islam reconnaît le même Dieu unique que les Juifs et les chrétiens, appelé Allah (Dieu en arabe), mais les Juifs, comme les chrétiens, ont été accusés d’avoir falsifié leurs écritures saintes (la Bible), car seul le Coran serait véridique. Assujettis au statut inférieur de dhimmis (protégés en arabe), ils ne bénéficiaient pas des mêmes droits que les musulmans.
Mais globalement, la vie des Juifs fut plus clémente en terre d’Islam qu’en terre chrétienne, même s’ils furent parfois aussi victimes de violences ou obligés de résider dans des quartiers séparés (ghetto en Europe, mellah au Maghreb).
3. Aux 19e et 20e siècle, un racisme appelé antisémitisme
L’antisémitisme, qui est une forme de racisme, apparaît au 19e siècle en Europe.
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Il peut être racial, accusant les Juifs d’être des corps étrangers dans les sociétés européennes dans lesquels ils vivent. On les soupçonne alors de traitrise, comme ce fut le cas en France lors de l’Affaire Dreyfus. Cet antisémitisme racial fut paroxystique avec les nazis, qui considéraient les Juifs comme des nuisibles, ennemis du genre humain, qu’il fallait détruire.
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Il peut être économique, les Juifs étant accusés de favoriser le capitalisme, avec la figure emblématique des Rothschild, ou à l’opposé de propager la révolution socialiste ou communiste.
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Il peut être social, en accusant les Juifs de bouleverser les sociétés traditionnelles en faisant émerger la modernité et en contrôlant les médias.
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Il peut être complotiste, avec les Protocoles des Sages de Sion, texte inventé dans l’objectif de prouver que les Juifs auraient un plan secret pour contrôler le monde, ou encore avec les thèses négationnistes d’historiens autoproclamés qui accusent les Juifs de vouloir tirer profit de la Shoah en prétendant que ce génocide n’aurait jamais eu lieu malgré les nombreuses preuves historiques de sa réalité.
4. Aujourd'hui : bien distinguer les choses
Plus récemment, la question s’est posée de savoir si l’antisionisme est une forme d’antisémitisme. Le sionisme est le mouvement de libération nationale qui vise à accorder aux Juifs à la fois l’autodétermination politique, afin qu’ils ne dépendent plus de pouvoirs qui peuvent se révéler antisémites, et l’autonomie culturelle dans leur propre nation.
Le mouvement sioniste est créé dans les années 1890, mais le souhait d’un retour sur la Terre d’Israël a traversé toute l’histoire des Juifs depuis le début de la Diaspora.
Le projet sioniste a été reconnu par la communauté internationale le 29 novembre 1947 avec le vote par l’ONU du partage de la Palestine sous mandat britannique en deux États, un juif et un arabe, puis avec la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948. L’antisionisme peut être considéré comme antisémite s’il dénie aux Juifs leur droit légitime à l’autodétermination en visant à l’éradication de l’État d’Israël ou s’il accuse cet État d’être systématiquement à l’origine de nombreux problèmes de géopolitique. Il ne faut pas confondre l’antisionisme avec la critique légitime du gouvernement d’Israël, qui peut être critiqué et combattu comme n’importe quel gouvernement.
à retenir
Racisme comme antisémitisme sont avant tout des constructions mentales qui ne tiennent pas compte de réalités sociologiques et culturelles complexes. Mais l’antisémitisme a quelques particularités :
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Contrairement aux autres formes de racisme, qui enferment les supposées « races » dans des stéréotypes fixes, l’antisémitisme s’adapte à toutes les situations, quitte à accuser les Juifs d’une chose et son contraire.
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Alors que le raciste considère les autres "races" comme lui étant inférieures, l'antisémite attribue aux Juifs des pouvoirs fantasmés comme la richesse, l'influence sur les pouvoirs économiques et politiques ou le contrôle des médias.
- Comme toute discrimination, le racisme et l'antisémitisme peuvent engendrer des violences, notamment lorsque leurs victimes servent de boucs émissaires, censés être à l'origine de tous les problèmes d'une société. Ce fut souvent le cas pour les Juifs, qui forment la minorité la plus ancienne dans de nombreux pays. Ceci explique la permanence de l'antisémitisme, y compris de nos jours.
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1 Nous choisissons d'écrire le substantif Juif avec une majuscule car il désigne les membres d’un peuple et non uniquement le nom de croyants d’une religion car tous les Juifs ne sont pas croyants et ne pratiquent pas la religion juive, mais ils se reconnaissent comme membre d'un peuple ayant une histoire et une culture commune. Ainsi, on écrit les Juifs, mais les catholiques ou les musulmans.
Notez que vivant en Diaspora dans de nombreux pays, les Juifs se considèrent également membres à part entière des pays où ils vivent. On peut être à la fois un Français et un Juif.
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