Solidarité

François SZULMAN : Fenêtre grande ouverte

François Szulman

Les voisins nous font de grands sourires et le soir notre voisin de droite ouvre sa fenêtre en grand pour que nous entendions Radio-Londres. Il doit se douter que nous sommes un peu spéciaux. Je m’ennuie à mourir… Papa part au travail de très bonne heure le matin et rentre alors que la soirée est bien avancée. Je passe mes journées cloîtré à la maison avec ma mère. Heureusement le dessin me tient compagnie. (p. 78)

 Un kilo de pomme de terre : Un jour je fais la queue devant le Familistère, l’épicerie de la rue Sainte-Marthe. Quand mon tour arrive, je tends à l’épicier mes tickets pour un kilo de pommes de terre. Il pèse et verse dans mon cabas le contenu du plateau de la balance à poids :
« Monsieur, combien je vous dois ?
– 5,25 F.
– Voilà, monsieur.
– Que me donnes-tu là ? Tu viens de me payer à l’instant. »
Je reste interloqué :
« Mais, monsieur, je ne comprends pas.
– Tu veux foutre le camp, je te dis que tu as payé ! »

Je sors éberlué de la boutique, l’épicier vient de me faire cadeau d’un kilo de pommes de terre. (p. 85)

François SZULMAN, Le petit peintre de Belleville, Editions Le Manuscrit / Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2018

Otto FISCHL : Tous au courant

Otto Fischl

Je rends hommage au curé du village, l’abbé Lévêque, qui connaissait notre présence dans la maison ; aux soeurs de l’Ordre de Sainte-Thérèse, qui non seulement savaient mais venaient régulièrement nous donner des leçons ; au maire du village, qui était au courant également. Toutes ces personnes risquaient leur vie et ma gratitude envers eux dépasse les mots. (p. 21)

Otto FISCHL, Mon journal, 19 octobre 1943-15 mars 1945, Editions Le Manuscrit / Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2009

Pierre AUER BACHER : Complicité des cheminots

Pierre Auer Bacher

Nous sommes donc arrivés environ à vingt kilomètres de Limoges dans un endroit dont le nom m’échappe. Nous avons réussi à prendre un train qui présentait l’avantage de nous faire franchir le cordon de protection allemand tout autour de Limoges, à environ une dizaine de kilomètres. En effet, à pied il était impossible d’atteindre Limoges sans être intercepté par les Allemands, sauf par la ligne de chemin de fer, les vérifications se faisant à la gare de Limoges.
Nous avons donc pris le train à une vingtaine de kilomètres et, grâce à la complicité de cheminots, nous avons réussi à sauter du train juste dans l’arsenal de Limoges, c’est-à-dire dans l’enceinte de la ville.
(p. 188-189)

Pierre AUER BACHER, Souvenirs d’une période trouble, Editions Le Manuscrit / Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2008

Fanny et David Sauleman

Je me rappelle qu’un jour un homme que je connaissais de vue est venu et m’a retenu à déjeuner. C’était un marchand de fruits qui dressait son petit éventaire dans une encoignure de la rue Basfroi, à l’angle de l’avenue Ledru-Rollin. À cette époque, la rue était encore commerçante ; en plus des commerces sédentaires, les marchands des quatre saisons s’installaient des deux côtés de la chaussée devant les trottoirs. Ce marchand de fruits était très connu, tout le monde l’appelait familièrement « Charlot ». J’ai mangé à sa table, entouré de ses enfants, il en avait six ou sept. En pleine guerre, nourrir une bouche de plus malgré les restrictions était vraiment un acte de solidarité. Charlot, contrairement aux Juifs, avait le droit de travailler. C’était un Nord-Africain musulman. La solidarité et la prise de risques ont été quelquefois partagées par cette

Fanny et David SAULEMAN, Deux mètres carrés, Editions Le Manuscrit / Fondation pour la mémoire de la Shoah, 2009